Rentrés d'Irak ou d'Afghanistan, d'anciens soldats sombrent dans l'exclusion
24 mai 2008 - Article publié par l'AFP
En 2003, Jon était à la tête d'une unité de 20 soldats déployée en Afghanistan. Moins de deux ans plus tard, il se retrouvait croulant sous les dettes, au chômage et sans domicile fixe à Los Angeles.
Alors que les Etats-Unis célèbrent lundi le "Memorial Day", jour férié où la Nation rend hommage à ses anciens combattants, le cas de Jon illustre une tendance préoccupante aux Etats-Unis, où de plus en plus d'ex-soldats de la "guerre contre le terrorisme" se retrouvent à la rue.
Ce phénomène n'est pas nouveau: des dizaines de milliers de soldats ayant combattu au Vietnam sont devenus sans-abri après la fin de la guerre en 1975. Encore aujourd'hui, les anciens combattants du Vietnam forment la majorité des quelque 150.000 ex-soldats devenus SDF aux Etats-Unis.
Les contextes sont pourtant différents. Anthony Belcher, un ancien du Vietnam, souligne qu'à l'époque, la guerre était tellement impopulaire que "les soldats de retour du front étaient traités avec mépris" par la population.
Jon a passé un an en Afghanistan avant de rentrer en Californie, où il s'est rapidement retrouvé sans ressources.
Jon s'est engagé dans la Garde nationale pour payer ses études d'arts. Bien qu'il n'ait jamais eu à faire usage de son arme lorsqu'il était en Afghanistan, le stress était bien réel : "j'étais en permanence sur le qui-vive, dans la crainte de ce qui pouvait arriver aux 20 personnes dont j'étais responsable", raconte-t-il à l'AFP.
De retour chez lui en Californie, Jon a vécu dans l'euphorie pendant quelques mois, jusqu'à ce qu'il se sente déprimé et qu'il commence à boire. De là, sa situation a continué à empirer: il s'est retrouvé dans l'incapacité de rembourser l'emprunt souscrit pour s'acheter une voiture, il a perdu son logement et aucun employeur ne voulait l'embaucher. Cette situation a duré pendant trois ans, avant que Jon intègre New Directions, une agence d'aide aux anciens combattants passés par la rue, basée à Los Angeles.
Dan s'est retrouvé en prison un an après son retour d'Irak. Il y a servi dans une unité de combat comme infirmier.
Une étude du cabinet Rand Corporation sortie en avril montre qu'une personne sur cinq ayant combattu en Irak et en Afghanistan présente des symptômes de stress post-traumatique.
Dan est l'un d'entre eux. Cet infirmier a été stationné en Irak pendant un an: J'y ai vu les pires choses", déclare-t-il dans un souffle. Cinq mois après son retour, "j'avais des flash-backs, tout le monde m'énervait. La nuit, je faisais des cauchemars et la seule façon de trouver le sommeil, c'était de boire", témoigne-t-il.
Arrêté à plusieurs reprises pour conduite en état d'ivresse, Dan a passé un an et demi en prison, avant de suivre un programme de désintoxication. L'administration en charge des anciens combattants a recensé près de 2.000 anciens militaires SDF en provenance d'Irak et d'Afghanistan, des chiffres en deçà de la réalité pour Rachel Feldstein qui s'attend à voir de plus en plus d'ex-soldats en détresse frapper à la porte de son agence.