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Californie : bientôt le Big One ?


Appels à l'aide, gémissements, visages ensanglantés. Réunis dans un stade à ciel ouvert, ces étudiants gisent par terre avec (de fausses) brûlures, pendant que les services de secours arrivent toutes sirènes hurlantes. Un hélicoptère-ambulance survole la scène : le réalisme est saisissant. Les blessures sont fausses. Ces étudiants, des « comédiens volontaires ». Et c'est le but de cette opération : choquer le public afin qu'il prenne la mesure d'une menace bien réelle. Les élèves du lycée Bishop Alemany du quartier de Mission Hills, à Los Angeles comptent parmi les 5 millions de personnes qui ont participé jeudi 13 novembre à une simulation de tremblement de terre en Californie du Sud.



Los Angeles, mégalopole de quelque 12 millions d'habitants, est longée à l'est par la faille San Andrea, qui s'étend sur 300 kilomètres ; elle fait la jonction entre les plaques pacifique et nord-américaine. "Un tremblement de terre de forte magnitude a lieu environ tous les 150 ans, or cela fait près de 300 ans qu'il ne s'en est pas produit dans la région", souligne Brad Aagaard, géophysicien à l'Institut de surveillance géologique des États-Unis, l'USGS.



Les experts réunis à Los Angeles à l'occasion de l'International Earthquake Conference, qui s'est achevée vendredi 14 novembre, estiment qu'un tremblement de terre de forte magnitude a toutes les chances de frapper le sud de la Californie au cours des trois prochaines décennies. Le scénario extrême décrit ressemble à s'y méprendre à celui d'un film hollywoodien : la terre tremble avec une amplitude plusieurs mètres, l'onde se déplace à la vitesse faramineuse de trois kilomètres par seconde causant 1800 morts, 53 000 blessés, 213 milliards de dollars de dégâts, plus de 250 000 sans-abris.



Arnold Schwarzenegger, gouverneur de Californie>. Crédits: Cécile Gregoriades

Arnold Schwarzenegger, gouverneur de Caifornie, sur les lieux de la simulation du tremblement de terre. Crédits: Cécile Grégoriades



Accourant munis de brancards auprès des lycéens « blessés », les pompiers étaient aux premières loges de la simulation-catastrophe : "la moitié des victimes d'un tremblement de terre de cette nature sera liée aux incendies", indique le commandant en chef des pompiers de Los Angeles, Michaël Freeman, sur un théâtre d'opération dans la banlieue nord de la ville.



Elmer est l'un des élèves qui a pris part à l'exercice jeudi. Ce qu'il faut faire en cas de secousse? "Aller sous une table et s'accrocher", explique-t-il, ses plaies en cire fondant sous le soleil matinal. C'est d'ailleurs le slogan de la campagne de prévention : "drop, cover, and hold" ("se mettre à terre, se couvrir et se tenir"). Un geste à ne surtout pas faire est de sortir dans la rue, à cause des chutes de débris.



Elmer>. Crédits: Cécile Gregoriades

Elmer, interviewé par les médias. . Crédits: Cécile Grégoriades



La proximité de la faille et l'aridité de la région font de la mégalopole californienne l'une des plus vulnérables au monde, pouvant se transformer en brasier meurtrier à la moindre occasion. L'histoire a prouvé que les incendies étaient souvent la partie la plus destructrice d'un tremblement de terre, comme ceux qui ont ravagé San Francisco en 1906.



Le gouverneur de Californie s'est félicité du déroulement de la simulation jeudi : "nous avons les équipes les mieux préparés au monde", a déclaré Arnold Schwarzenegger. Mais le maillon faible de ce scénario catastrophe reste le public. "Les gens oublient trop souvent qu'ils vivent dans une zone à risque", regrette Ellis Stanley, spécialiste de la gestion d'évènements d'urgence. Des préoccupations relayées par la séismologue Lucile Jones : "Les réserves d'eau sont critiques en prévention d'un tremblement de terre, or nous constatons que les gens oublient de stocker des bouteilles chez eux."



Kyle et Judith sont un couple de retraités vivant à Northridge, une banlieue de Los Angeles frappée par un tremblement de terre en 1994, causant la mort de près de 60 personnes. Judith se dit préparée : "On a la liste des procédures à suivre chez nous", explique la retraitée, qui pratique l'astrologie. Pour elle, "the big one" aura lieu bientôt : "pendant la période de Thanksgiving", prédit-elle, "c'est indiqué dans le positionnement des planètes."



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