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Échange fusils et revolvers contre bons d’achat


Malgré l’hiver, la chaleur est pesante à Compton, municipalité située dans les quartiers pauvres de Los Angeles. Épicentre des émeutes de 1992, Compton accumule, encore aujourd’hui, les handicaps : toutes les maisons ont des barreaux aux fenêtres, quand elles ne sont pas sous saisie immobilière ; des hordes de jeunes désœuvrés traînent dans la rue jour et nuit, dans une ville inondée de fast-foods et où le chômage touche une personne sur cinq. « On compte en moyenne un coup de feu par jour, assure le deputy sheriff de la ville, Jeff Lohmann, mais la situation s’est nettement améliorée ces dernières années. »



Depuis 10 ans, de nombreuses initiatives ont vu le jour afin « d’éradiquer la violence ». Davantage de présence policière, mais aussi des programmes plus ciblés comme le « Gifts for guns ». Cette initiative, qui a vu le jour à Compton, propose aux gens d’échanger leurs armes à feu de façon anonyme contre un chèque cadeau valable dans des supermarchés alimentaires et des magasins de produits électroniques. Le prix d’une arme : de quelques dizaines à plusieurs centaines de dollars, selon les modèles. Et ça marche. Depuis le début de l’opération, en 2005, la ville de Los Angeles a collecté plus de 5000 armes : du simple revolver à la mitrailleuse en passant par des fusils d’assaut et même des grenades.



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Mike Octave, deputé sheriff au commissariat de Compton dans la banlieue de Los Angeles. Crédits : Cécile Grégoriades



Mais ces deux dernières années, en pleine crise économique, le nombre d’armes collectées a été multiplié par trois : « Nos chèques cadeaux alimentaires sont une aubaine pour ceux qui n’ont pas assez d’argent pour acheter à manger », selon le sheriff sergent Byron Woods. La crise joue-t-elle un rôle décisif dans la baisse de la criminalité ? Teresa Cruz, jeune deputy sheriff de Compton, n’ose se prononcer. Les centaines d’armes collectées le mois dernier trônent toujours dans des caddies de supermarché, dans une pièce au sous-sol du commissariat.



« Acquises au marché noir »



« Nous vérifions si les armes ont été volées, auquel cas nous les rendons à leur propriétaire. Mais la plupart d’entre elles sont acquises au marché noir », souligne-t-elle. « Des armes dont le seul but est de tuer, ajoute son collègue Mike Octave, la preuve : certaines nous sont rendues avec du scotch sur la gâchette, pour masquer les empreintes digitales. »



118 personnes ont été tuées par balle en 2009 à Compton. Un chiffre en baisse par rapport aux années précédentes, mais représente tout de même un décès tous les trois jours pour une ville de 100 000 habitants. L’avenir de l’opération est incertain. La Californie est le principal bailleur de fonds du programme, mais la crise économique a ébranlé les finances publiques et nul ne sait quand aura lieu le prochain « Gifts for Guns ».







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